Salaire brut 3 000 €, net 2 300 € : où passent vos 700 € chaque mois ?

Un salarié français décortique ligne par ligne son bulletin de paie et découvre que la CSG/CRDS, la cotisation chômage et la retraite complémentaire avalent près d'un quart de son brut.

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01/04/2026
J'ai commencé mon premier CDI en septembre 2021. Trois mille euros brut par mois. Cadre, niveau bac+5, Paris. Je me suis dit : « Trois mille, c'est bien. Je vais pouvoir vivre correctement. » Première paie : 2 312 € net. Près de sept cents euros envolés. J'ai regardé mon bulletin de paie comme on regarde un formulaire en latin. Des sigles partout. CSG, CRDS, AGIRC, ARRCO, URSSAF, mutuelle, prévoyance. J'ai appelé ma mère. Elle m'a dit : « C'est normal, c'est la France. » Normal, peut-être. Mais personne ne m'avait expliqué où allait cet argent. Ni comment c'était calculé. Ni que certains prélèvements n'étaient même pas déductibles de mon impôt sur le revenu. Je m'appelle Maxime. J'ai 28 ans, je suis développeur dans une startup parisienne, et j'ai passé trois week-ends à décoder mon bulletin de paie. Voici ce que j'ai trouvé. Et pourquoi cette différence entre brut et net est beaucoup plus compliquée qu'un simple pourcentage.

Comment utiliser

Ce qui sort de mon brut de 3 000 € (ligne par ligne) Commençons par les cotisations salariales — celles prélevées directement sur mon salaire. Sécurité sociale (maladie, maternité, invalidité, décès) : zéro euro depuis 2019. Cette cotisation a été supprimée pour les salariés. En revanche, l'employeur paie encore sa part — environ 13 % de mon brut. Mais ça, je ne le vois pas sur ma fiche de paie. Assurance vieillesse (retraite de base) : 255 €. Soit 8,5 % de mon brut, plafonné à la tranche A du PASS (3 798 €/mois en 2025). Ce taux est le même pour tous les salariés du privé, cadre ou non. Retraite complémentaire (AGIRC-ARRCO) : 201 €. C'est environ 6,7 % du brut. Depuis la fusion AGIRC-ARRCO en 2019, c'est un régime unique avec des tranches. Sur 3 000 €, l'essentiel tombe en tranche 1. CSG déductible : 145 € (6,8 % calculés sur 98,25 % du brut). Oui, la CSG est calculée sur une base légèrement supérieure à votre brut. C'est voulu. L'État taxe votre salaire brut plus une partie des cotisations sociales que vous ne touchez même pas. CSG non déductible : 24 € (2,4 %). Cette partie n'est pas déductible de votre revenu imposable. Donc vous payez l'impôt sur cet argent que vous n'avez jamais touché. Bienvenue en France. CRDS : 12 € (0,5 %). Contribution au remboursement de la dette sociale. Instaurée en 1996 pour éponger les déficits de la Sécu. Vingt-neuf ans plus tard, on la paie toujours. Assurance chômage : 42  € (3,05 % du brut, déductible). Techniquement, c'est la cotisation APEC pour les cadres (0,024 %) plus la contribution chômage générale. Mutuelle entreprise : 42 €. Obligatoire depuis 2016 (ANI). Mon employeur paie 50 %, je paie 50 %. Certains employeurs paient plus, c'est négociable. Prévoyance (décès, incapacité) : 18 €. Spécifique aux cadres. Total des prélèvements sur mon brut : environ 688 €. Mon net avant impôt : 2 312 €. Mais ce n'est pas fini. Depuis 2019, le prélèvement à la source. L'impôt sur le revenu est déduit directement du salaire. Pour un célibataire sans enfant à 3 000 € net/mois, le taux neutre est d'environ 6,5 %. Soit 150 € supplémentaires prélevés. Mon net à payer : 2 162 €. Sur 3 000 € brut, je touche 72 %. Pourquoi la CSG/CRDS est un sujet qui fâche La CSG et la CRDS représentent ensemble environ 9,7 % de votre brut. C'est le deuxième plus gros prélèvement après la retraite. Et contrairement aux cotisations de retraite, vous n'avez aucune contrepartie directe. La CSG finance la Sécurité sociale (maladie, famille, vieillesse), mais elle est prélevée sur les salaires, les revenus du patrimoine, les plus-values, les allocations de chômage, et même les pensions de retraite. Oui, les retraités paient la CSG sur leur pension. Le Conseil constitutionnel a validé la CSG en 1990 en la qualifiant de « prélèvement social » et non d'impôt. Ça a son importance : un impôt aurait dû être affecté au budget général. Comme « prélèvement social », il va directement dans les caisses de la Sécu sans passer par le Parlement. Le débat sur la justice de ce prélèvement est permanent en France.

Conseils de pro

Utilisez notre calculateur de budget avec votre vrai net à payer, pas votre brut. La plupart des gens planifient leurs dépenses sur le brut. C'est une erreur qui mène droit au découvert. Prenez votre net à payer (après PAS) et répartissez à partir de là. Négociez la mutuelle et la prévoyance. Dans ma boîte, la mutuelle était à 50/50. J'ai demandé si l'employeur pouvait prendre 60 %. Refusé. Mais j'ai changé de mutuelle (choix parmi trois proposées) et je suis passé de 84 € à 56 € de part salariale. Vingt-huit euros par mois, ça fait 336 € par an. Vérifiez votre taux de PAS. Si votre situation a changé (mariage, enfant, baisse de revenus), vous pouvez demander une modulation de votre taux de prélèvement à la source sur impots.gouv.fr. J'ai baissé mon taux de 6,5 % à 4,8 % quand j'ai déclaré des frais réels supérieurs à l'abattement de 10 %. Ça m'a redonné 51 € par mois. Comprenez la différence entre net avant impôt et net à payer. C'est sur le net à payer que vous vivez. Le net avant impôt, c'est un chiffre théorique. Sur mon bulletin, la ligne « NET À PAYER AVANT IMPÔT » affiche 2 312 €. La ligne « NET À PAYER » affiche 2 162 €. La différence, c'est l'impôt. Cumulez les heures supplémentaires exonérées. Depuis 2022, les heures supplémentaires bénéficient d'une exonération d'impôt sur le revenu (dans la limite de 7 500 €/an) et d'une réduction de cotisations salariales de 11,31 %. Si vous faites des heures supp, elles sont taxées moins lourdement que votre salaire de base. C'est un levier que peu de salariés connaissent.

Erreurs courantes

La première erreur : annoncer son salaire brut comme si c'était ce qu'on touchait. Quand quelqu'un me demande ce que je gagne, je dis 3 000 €. Sauf que je touche 2 162 €. L'écart est de 838 € par mois. La première fois que j'ai fait ce calcul honnêtement, j'ai reçu un choc. La deuxième erreur : croire que passer de 3 000 € à 3 500 € brut va vous donner 500 € de plus en net. Faux. Plus votre salaire monte, plus le taux d'imposition progresse. En passant de 3 000 € à 3 500 € brut, mon net a augmenté de 312 €, pas de 500 €. Les tranches supérieures de la retraite complémentaire (tranche 2 AGIRC-ARRCO au-delà du PASS) sont plus lourdes. Et le taux de PAS monte. La troisième erreur : ignorer les primes et leur fiscalité. La prime exceptionnelle de pouvoir d'achat (PEPA, dite « prime Macron ») est exonérée de cotisations sociales et d'impôt dans la limite de 3 000 € (6 000 € pour les entreprises avec accord d'intéressement). C'est de l'argent quasi net. Si votre employeur la propose, prenez-la. Si vous êtes cadre et que vous négociez une augmentation, négociez aussi des primes PEPA plutôt que du brut. Pour 3 000 € de brut en plus sur l'année, vous toucheriez environ 2 160 € net. En prime PEPA, vous touchez 3 000 €. La quatrième erreur : ne jamais regarder son bulletin de paie. Pendant deux ans, j'ai juste vérifié le montant en bas. Je n'avais aucune idée de ce que je payais. C'est quand j'ai voulu négocier une augmentation que j'ai dû comprendre ces chiffres. Si vous ne savez pas ce qui est prélevé, vous ne pouvez pas négocier intelligemment. Mon net à payer est passé de 2 162 € à 2 474 € quand j'ai obtenu une augmentation de 400 € brut. Soit 312 € de plus en poche, pas 400 €. Le taux marginal d'imposition et les cotisations grignotent toujours une partie de l'augmentation. C'est normal, mais ça vaut le coup de le savoir avant de négocier.

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